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Fruits en friche

Il y a des fruits négligés dans les chemins au fond du Tarn, sur les bords des champs, logés dans des arbres échevelés qu’on ne taille pas, planqués derrière des ronces. Dans des endroits où l’on n’a pas arraché les haies.

Il y a encore semble-t-il plus d’arrachage que de replantation de haies, à cause de l’urbanisation notamment. C’est ce que je peux constater en me promenant autour de mon village, on y croise des mas d’arbres arrachés qui semblent contredire toutes les annonces faites autour de la nécessité de replanter, pour favoriser la biodiversité, la pollinisation, la qualité des sols, et limiter l’érosion, mieux gérer l’eau, le pâturage. La nouvelle PAC favorise des aides à la plantation ou au maintien de haies, d’arbres isolés, de mares. Il y plusieurs sortes d’aides, des primes de base et des primes vertes. Il y a aussi des programmes spécifiques pour l’agroforesterie. Je me pencherai plus sur cette question dans une prochaine chronique.

La confiture, j’en fais, j’en fais. Mais je n’en mange guère, non parce que je ne l’aime pas, mais parce que le sucre ne me convient pas, on me l’a déconseillé : parfois, en vraie droguée, je me rue sur les gâteaux, je les enfourne sans même les apprécier.

L’été dernier, j’ai cueilli de petites pêches en grappes, dont la profusion alourdissait tellement certaines branches qu’elles semblaient reposer à même le sol au dessus d’un fossé. Trop petites pour être vendues. Pas le gabarit adéquat. Trop fragiles pour être exportées au delà du périmètre de la ferme où elles avaient été plantées.

Il vaut mieux greffer les pêchers (le pêcher est une variété de prunus) si on veut des fruits. J’ai mis des noyaux à germer à l’abri d’un mur, certains ont pris au printemps, je les ai donnés, mais je ne sais pas ce qu’ils sont devenus. Les pêchers de vignes peuvent fructifier par semis. On peut greffer,selon la qualité du sol, sur des pêchers francs, des prunelliers, des amandiers, des « Myran », des « Cadama », tous ces mots je ne les connaissais pas. Les porte-greffe sont répertoriés (notamment par l’INRA). Il faut être patient pour avoir des fruits, attendre probablement 7 ans, et je ne sais pas si je serai encore dans cette maison à ce moment-là, il faut être généreux pour planter, savoir qu’on le fait pour d’autres que nous peut-être. Humains ou animaux.

Ces petites pêches de vigne étaient succulentes et en les cueillant à la sauvette, j’avais l’impression délicieuse de découvrir un trésor, d’être une pionnière. J’adore glaner et peut-être même, dans ce cas, qu’il s’agissait de voler. Je justifie mes actes en me posant en justicière, respectueuse de la vie, qui refuse de les abandonner à la pourriture, même si je sais qu’elle servent aussi de repas aux oiseaux et aux insectes, aux mulots peut-être. Me voilà une brigande qui sait honorer les dons de la nature. J’ai mes coins à pêche, à pommes, à ail, que je partage en partie avec une amie. Quand j’ai cueilli ces fruits, il y en avait trop pour moi, bien sûr, il fallait en faire quelque chose, les donner, mais ça n’intéresse pas forcément les gens, alors j’ai fait des confitures, ça sent bon, on imagine l’alchimie entre sucre et fruits, la cristallisation.

ça brûle la langue si on est trop impatient de goûter, ça déborde sur les pots quand on les verse précautionneusement en faisant glisser les rubans parfumés contre les parois.

J’ai remarqué qu’on offre beaucoup des confitures, je fréquente des gens comme moi qui fréquentent les campagnes et cueillent, cueillent, et doivent transformer. On m’offre des confitures.

Alors je triche, j’utilise les confitures dans des gâteaux, et je les offre à mon tour à des amis. C’est le troc des confitures.

Et quand j’en consomme quand même, du sucre, c’est pour succomber à une religieuse dans la Grand Rue à Lavaur, une religieuse aux formes généreuses et sensuelles, qui est servie à deux pas de l’église. Je m’achèterai des indulgences ou j’essaierai de pervertir Saine Cécile, la sainte de Lavaur, je crois.

La crème de cette religieuse n’est pas trop aérienne, bien terrestre, créant par sa souplesse et son onctuosité un trouble léger qui, dès l’arrivée en bouche, nous envahit en douceur, accompagné par la pâte à choux à peine plus consistante, soufflée. On se nourrit d’air, aussi.

Pourquoi cette désaffection pour la confiture ? On lui préfère le Nutella : au sucre s’ajoute le gras, c’est diablement efficace, au niveau de la texture plus que du goût. Je dois dire que lorsque j’y regoûte, j’ai encore envie de lécher la cuillère, là où il reste toujours un tout petit peu de pâte résistant à l’assaut de la langue.

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